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Un havre de paix
Baigné par les eaux de la Sénouire, dans un paysage de prairies et de pentes boisées, agencées en berceau autour du rocher qui lui sert de base, le bourg médiéval de Lavaudieu se blottit autour de son abbaye bénédictine.
Relié par la vallée du « serpent d’or » (la Senouire) à l’abbaye de la Chaise-Dieu, qui rayonne 40 kilomètres en amont sur le plateau livradois, le site de Lavaudieu (ou « vallée de Dieu ») fut choisi par Robert de Turlande, fondateur de ladite abbaye, pour l’implantation d’un prieuré de moniales. Après les vœux monastiques prononcés par sa fille en 1070, le comte d’Auvergne accorde sa protection au prieuré et procède à de nombreuses donations.

S’ensuit une période de vive expansion, ainsi qu’une existence florissante dont témoigne l’ampleur des bâtiments. Le concordat de 1516 met fin à la stricte obédience de la Chaise-Dieu. Faisant état de leurs quartiers de noblesse, les moniales valdéennes acquièrent chacune un logis indépendant. Tout en faisant preuve de charité, elles mènent une existence semi-mondaine, en paix avec la population rurale qui les entoure. L’abbaye reste active jusqu’à la Révolution, puis le monastère est désaffecté et les bâtiments vendus par lots comme biens nationaux en 1791. Ils sont alors acquis par la commune ou des privés qui les transforment en bâtiments agricoles. Seule la flèche du clocher de l’église Saint-André est tronquée lors de la tourmente révolutionnaire.

Au XXe siècle, Lavaudieu subit l’exode rural et la déprise agricole qui partout sévit. C’est alors son héritage cultuel d’exception – l’un des joyaux du patrimoine religieux auvergnat – qui le sauve de la ruine. Le cloître d’époque romane – unique exemplaire roman auvergnat parvenu jusqu’à nous – et le proche réfectoire, orné d’une peinture murale d’inspiration byzantine et copte, sont classés aux Monuments historiques, ouvrant ainsi la voie d’une restauration exemplaire de l’ensemble du village. Balcons de bois suspendus, sculptures et moulurations, loquets à poucier, marteaux de portes et ferrures… participent à la forte identité du lieu comme à son charme incomparable. Protégé par une servitude d’utilité publique reposant sur une identification et une gestion du « patrimoine local architectural, urbain et paysager », Lavaudieu a su résister avec force à la muséification et porte haut son label de « Plus Beau Village de France ».

A voir : l'église St-André dont la flèche du clocher octogonal fut tronquée à la révolution, le cloître roman, le musée d'arts et traditions populaires, le carrefour du vitrail (artisan maître verrier)

