La perle noire de la planèze
À l’ombre des monts du Cantal, Salers amasse ses toits de lauze à l’abri d’anciens remparts, et entretient le souvenir des années d’opulence, quand cette perle noire abritait le baillage des « Hautes Montagnes d’Auvergne ».
Avant que la foule estivale n’emplisse ses places et ses venelles comme au temps des foires médiévales, Salers surprend par des ambiances inattendues, au gré des humeurs du ciel cantalien. Ainsi, dans l’air transparent du printemps, chaque rayon de soleil semble vouloir souligner un détail pittoresque du décor de la cité : blason, grille, poivrière ou porte ogivale.

Salers est aussi site remarquable du goût
Mais d’aucuns préfèrent contempler l’ancien bailliage des « Hautes Montagnes d’Auvergne » quand il se montre fantomatique, drapé dans un camaïeu de gris et de noir, les nuages au ras des lauzes rappelant que la planèze est ici à près de mille mètres d’altitude.

Des instants propices pour laisser vagabonder son imagination ou pour lier conversation avec un Sagranier tout disposé à partager ces instants rares. Accoudés au mur de l’esplanade de Barrouze, même si c’est pour la dixième fois, les contemplatifs s’abandonnent également avec délices devant l’immense tableau que composent le
puy Violent et la vallée de la Maronne. Dans ses vieux habits. Quoi qu’il en soit, jamais Salers ne se départit de la grandeur acquise en son âge d’or, aux XVe et XVIe siècles, sous la houlette de ces Messieurs les officiers de justice. C’est particulièrement frappant place Tyssandier-d’Escous, où se dressent le Bailliage, l’hôtel de ville, la maison de la Flojade et celle de la Ronade. Ces façades Renaissance, revisitées à la mode sévère de la haute Auvergne, dialoguent au-dessus d’une fontaine monumentale où l’on faisait couler du vin, jadis, lors de la fête de la Nativité de la Vierge ! Après l’abandon de cette coutume, les pèlerins se firent rares à l’église Saint-Matthieu, édifice au porche roman qui garde elle aussi le souvenir des temps d’opulence, avec notamment des tapisseries d’Aubusson et une Mise au tombeau en pierre polychrome du XVe siècle.

Salers mit ses biens à l’abri de remparts qui résistèrent à l’Anglais et aux routiers, et dont nous sont parvenus les deux portes du beffroi et de la Martille ; mais la Révolution lui fit perdre toute importance. Restée dans ses vieux habits, la cité se consacra à l’élevage avec la réussite que l’on sait, ne se réveillant qu’à l’occasion des comices agricoles. Il y a de cela belle lurette, car Salers a retrouvé de sa superbe grâce au tourisme, ouvrant ses échoppes aux restaurateurs, aux artistes, aux artisans et aux brocanteurs tombés sous son charme de cette perle noire du Cantal.
* A voir : La Maison du Bailliage, la Maison de la Ronade, la Maison des Templiers : musée des Arts et Traditions …